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Immunité et probiotiques : où en est-on ?

La grande majorité des cellules de défense de notre organisme (plus de 60&nbsp%) se situe dans les intestins1. La flore intestinale, également appelée microbiote, joue un rôle clef dans le maintien du système immunitaire. Quant aux probiotiques, ils interagiraient non seulement avec le système digestif mais également avec le système respiratoire, voire le système nerveux.

Une action modulatrice sur les cellules de l’immunité

Il a été montré que l’administration de certaines souches probiotiques influait sur le système immunitaire. Une étude, publiée en 1998, a par exemple montré que "Lactobacillus rhamnosus GG" augmentait la quantité de récepteurs aux anticorps chez les sujets sains (ce qui renforce l’immunité cellulaire), tandis qu’elle la diminuait chez les personnes allergiques2.

Une autre étude, réalisée auprès de personnes âgées sans problème de santé particulier, a montré que l’ingestion régulière de lait enrichi avec la bactérie Bifidobacterium lactis HN019 augmentait le nombre de cellules responsables de l’immunité (lymphocytes CD4+ et CD25+ notamment).

Certaines souches bactériennes soigneusement choisies peuvent donc renforcer l’immunité cellulaire, propriété par contre plus difficile à mettre en évidence en analysant la survenue, ou non, d’infections, en particulier chez les sujets sains.

Une diminution des infections bactériennes dans certaines conditions

En 2004, une étude américaine réalisée auprès de 118 nourrissons a montré que la consommation quotidienne d’un lait enrichi par les bactéries Bifidobacterium lactis et Streptococcus thermophilus n’influait pas sur leur croissance, mais diminuait le nombre de coliques et le recours aux antibiotiques4.

Une autre étude réalisée auprès de 360 personnes âgées a montré que celles qui prenaient un lait fermenté enrichi avec 3 souches probiotiques différentes présentaient des infections hivernales un peu moins longues (7 jours vs 8,7). Par contre le nombre de ces infections ne diminuait pas5.

Chez des patients ayant été récemment opérés au niveau de l’abdomen, par exemple du côlon, du foie ou de l’estomac, plusieurs études ont démontré que l’administration préventive de probiotiques divisait environ par 3 le risque de survenue d’infections post-opératoires, particulièrement redoutées des professionnels de santé6. Mais cet effet bénéfique est-il lié à une amélioration du microbiote ou à une destruction des bactéries pathogènes par les probiotiques ? Pour le moment les études actuelles ne permettent pas de trancher.

Une diminution de l’inflammation intestinale dans les MICI ?

Les MICI, ou maladies inflammatoires chroniques intestinales (Crohn, recto-colite hémorragique), marquées par d’importants troubles digestifs et extra-digestifs, sont considérées comme ayant une origine auto-immune. Plusieurs études ont été menées pour savoir si un lactobacille, rhamnosus GG, pouvait diminuer les poussées, sans succès jusqu’ici 6,7.

Pourtant cette inflammation chronique pourrait tout de même être liée à un déséquilibre du microbiote. Par exemple, pour la maladie de Crohn, une diminution d’une souche bactérienne, Faecalibacterium prausnitzii, a été identifiée et pourrait expliquer le mécanisme de cette pathologie, comme l’ont montré les travaux effectués à l’Inra (Inserm) par l’équipe du Dr Philippe Langella8,9.

Ces derniers ont en effet constaté que cette bactérie avait d’importantes propriétés anti-inflammatoires, ce qui pourrait ouvrir la voie, dans les années qui viennent, à la mise au point d’un probiotique (ou d’un effects of electronic cigarettes prébiotique qui favorisera l’augmentation du nombre de Faecalibacterium prausnitzii, ce qui permettra peut-être de corriger ce déficit et donc de soulager les patients.

A noter qu’en cas de pochite (inflammation de la poche constituée après une intervention chirurgicale sur le côlon, intervention pratiquée lors de complications des MICI), l’effet anti-inflammatoire d’une souche, VSL#3, semble avéré, puisque son administration permet de diminuer les rechutes, sans que le mécanisme de cette diminution soit pour le moment élucidé10.

En conclusion les études menées jusqu’ici confirment que la prise de probiotiques, en agissant sur le microbiote, influe sur l’immunité. L’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) concluait d’ailleurs en 2005 que "l’ensemble des études cliniques chez l’homme convergent vers une modulation de l’immunité innée par l’activation de différentes souches de probiotiques (lactobacilles et bifidobactéries)"11. Cependant les conséquences réelles de l’administration de probiotiques sur l’efficacité de la réponse immunitaire ne sont encore que très peu connues, d’où l’intérêt des études en cours actuellement pour tenter d’isoler telle ou telle souche capable soit de renforcer l’immunité, soit de diminuer l’inflammation des MICI.

Sources :
1."Recommandations Pratiques : Probiotiques et Prébiotiques", Organisation mondiale de Gastroentérologie, mai 2008, téléchargeables en ligne
2."Probiotic bacteria down-regulate the milk-induced inflammatory response in milk-hypersensitive subjects but have an immunostimulatory effect in healthy subjects", Pelto L et coll., Clin Exp Allergy. 1998 Dec;28(12):1474-9, résumé accessible en ligne
3."Enhancement of immunity in the elderly by dietary supplementation with the probiotic Bifidobacterium lactis HN019", Harsharnjit SJ et coll., American Journal of Clinical Nutrition, Vol. 74, No. 6, 833-839, décembre 2001, étude accessible en ligne
4. "Long-term consumption of infant formulas containing live probiotic bacteria: tolerance and safety ", Saavedra JM, Abi-Hanna A et coll., Am J Clin Nutr. 2004 Feb;79(2):261-7; étude accessible en ligne
5. "Effect of fermented milk containing the probiotic Lactobacillus casei DN-114001 on winter infections in free-living elderly subjects: a randomised, controlled pilot study", Turchet P et coll., J Nutr Health Aging. 2003;7(2):75-7, résumé accessible en ligne
6. "Ineffectiveness of probiotics in preventing recurrence after curative resection for Crohn's disease: a randomised controlled trial with Lactobacillus GG", Prantera C et coll., Gut. 2002 September; 51(3): 405–409, étude accessible en ligne
7. "A randomized, double-blind trial of Lactobacillus GG versus placebo in addition to standard maintenance therapy for children with Crohn's disease", Bousvaros A et coll., Inflamm Bowel Dis. 2005 Sep;11(9):833-9, résumé accessible en ligne
8. "Une bactérie clé dans la maladie de Crohn", Inserm, octobre 2008, communiqué accessible en ligne
9."Faecalibacterium prausnitzii is an anti-inflammatory commensal bacterium identified by gut microbiota analysis of Crohn disease patients", Langella P et coll., Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 October 28, étude accessible en ligne
10."Antibiotics and probiotics in treatment of inflammatory bowel disease", Gionchetti P et coll., World J Gastroenterol. 2006 Jun 7;12(21):3306-13, étude accessible en ligne
11."Effets des probiotiques et prébiotiques sur la flore et l'immunité de l'homme adulte", Afssa, 2005, rapport téléchargeable en ligne
Interview
La recherche actuelle sur le microbiote et les probiotiques
Les Probiotiques.info : Comment étudie-t-on aujourd’hui les bactéries du microbiote ? Gérard ...